Kilos émotionnels - Pulsions alimentaires

Quel peut être le rôle du psychologue auprès d'un patient effectuant une démarche de perte de poids?

Pulsions alimentaires grignotages

Psychologue clinicienne et psychothérapeute, cela fait maintenant plus de 7 ans que j’interviens auprès de diététiciens et diététiciennes afin d’aider des patients dans leur démarche de perte de poids.

La présence d’un psychologue peut surprendre puisque très souvent les patients ont la croyance que tout se joue dans l’assiette. Et pourtant, tout au long de ces années et des témoignages de mes patient(e)s je peux affirmer que le contenu de l’assiette n’est parfois pas le seul frein dans la perte de poids. Bien sûr, si je travaille en lien avec mes collègues diététiciens / diététiciennes c’est que je pense et suis convaincue qu’il est indispensable de posséder les connaissances en diététique pour aborder correctement l’alimentation et malheureusement, ce ne sont pas des choses que l’on apprend à l’école. C’est pourquoi, je ne peux que vous recommander de vous faire accompagner par un vrai spécialiste de l’alimentation, qui vous aidera à acquérir ce savoir et ainsi déjà éviter toutes les erreurs que l’on peut faire juste par méconnaissance.

De mon côté, j’interviens souvent après un premier travail en diététique, puisqu'il est nécessaire, pour moi, de savoir que de ce côté tout est ok.

Si malgré cela, votre poids ne bouge pas, nous pouvons commencer à aborder votre démarche sous un autre angle, l’angle psychologique, moral, émotionnel. Parfois, je vous entends me dire, « je n’ai pas de volonté », « je n’y arrive pas », « je ne comprends pas je fais tout ce qu’il faut »…

Mon travail est donc de voir avec vous quel peut être le, ou les freins, à ce que tout se passe bien. Parfois, nous remontons dans votre passé pour y voir plus clair, dans votre éducation, dans certains événements de votre vie qui ont pu inscrire des schémas de mise en échec. Nous travaillons à partir du conscient et de l’inconscient, ce qui parfois n’est pas simple et vous demande de la patience (vous  aimeriez avoir des résultats rapidement et je le comprends mais malheureusement rien la perte de poids est loin d'être magique). C’est un travail difficile.

J’ai souvenir d’une patiente que j’ai accompagnée et qui était en obésité, elle connaissait toutes les règles de diététique puisqu'elle avait fait des régimes toute sa vie. Elle me disait avoir les connaissances mais ne pas savoir pourquoi elle ne les mettait pas en place, car en plus cela ne lui semblait pas bien compliqué. En explorant ses pensées, ses croyances, nous avons mis le doigt, après quelques séances, sur une première expérience douloureuse, elle avait 7 ans. Dans ce souvenir, ma patiente, qui n’était qu’une petite fille, devait lors de son cours de sport, sauter par dessus un élastique. Elle n’y parvenait pas. Quand elle me le raconte, elle se souvient, avec encore beaucoup d’émotion, des moqueries de ses camarades, de sa maîtresse lui dire « quand même c’est pas haut » et pourtant ce n’était pas possible pour elle. 

Ce souvenir vécu comme un traumatisme, a ancré chez elle des croyances négatives « de toute façon je ne suis pas capable, à quoi bon essayer », qui ont à leurs tours ancrées des comportements dysfonctionnels. A travers cela, elle a appris « il vaut mieux ne pas faire que me mettre en échec car c’est trop de souffrance, de culpabilité ». Il y a donc eu auprès de cette patiente tout un travail de retraitement des mémoires bloquées en lien avec, entre autre, ce premier événement source et de reprise de confiance en elle. 

Ce qui est passionnant pour moi, mais qui rend ce travail si complexe, c’est que vous êtes tous et toutes différentes, nous partons ensemble explorer parfois, et même tout le temps finalement, sans savoir ce que nous allons trouver. Je m’adapte donc à chaque patient en fonction de son histoire, de sa sensibilité, de sa singularité.

La question du poids peut aussi être abordée sous un autre angle une « autre porte d’entrée » comme j’ai tendance à l’appeler. En effet, beaucoup des patients qui me consultent me sont orientés parce qu’ils grignotent et n’arrivent pas, tout seul, à gérer cela.

Pour vous en parler, et que vous sachiez vous repérer et ainsi mieux comprendre votre fonctionnement, ce qui sera très utile pour apporter les solutions adaptées, je voulais vous présenter les différents types de grignotages.

 Oui mais d’accord, mais d’abord, c’est quoi le grignotage ? Pour que l’on soit « raccord », j’ai l’habitude de définir les grignotages comme le fait de manger en dehors des repas (communément le petit déjeuner, déjeuner et dîner), quelque que soit l’aliment et sa quantité (un petit morceau de pain ou la tablette de chocolat). A mon sens, il y a 3 déclencheurs principaux à ces fameux grignotages :

  •  Le premier, le plus simple, le plus évident, c’est la faim (en tout cas, c'est celui qui devrait l'être ). Il s’agit d’un besoin physiologique, primaire, celui de se nourrir. Il va se manifester avec des symptômes assez repérables (si on les écoute): le ventre qui gargouille, qui brûle, qui tire. « J’ai faim ! ». Cela arrive quand notre repas précédent n’a pas été assez complet (il vous manque un produit laitier, des féculents….) ou bien si deux repas sont trop éloignés. C’est à mon sens, avec un bon suivi diététique, le plus simple, le plus rapide à régler, encore faut il penser à s'observer, à s'écouter pour le repèrer.

  •  Ensuite, si vous êtes comme beaucoup, l’alimentation est aussi une source de plaisir, un plaisir simple et accessible. Il n’y a qu’à ouvrir la porte du placard ou du frigo… Bien sûr, même dans une démarche de perte de poids, il faut continuer de se faire plaisir avec l’alimentation, mais pour garder une cohérence et ainsi avoir des résultats, on ne peut pas se faire plaisir tout le temps. Il arrive parfois en thérapie que nous travaillons particulièrement ce point là autour des questions de la frustration et également avec une approche en pleine conscience, le travail est aussi souvent de renouer avec nos sensations. 

  • Enfin, voici le cas le plus complexe. Il s’agit du fait de manger pour compenser ou évacuer une émotion qui génère chez vous une tension interne, un « déséquilibre » et le fait de manger à ce moment là va venir créer une sensation d'« apaisement ». C’est la fameuse pulsion alimentaire qui est déclenchée par une émotion ou un ressenti désagréable (tristesse, stress, angoisse, colère, déprime , fatigue, ennui, solitude, frustration…). L'alimentation a une fonction de "doudou". De manière très triviale, le fait de réfléchir à ce que vous allez manger, d’aller le chercher, de le manger, et bien durant tout ce temps, vous ne pensez plus et si vous ne pensez plus, de manière assez logique, vous n’avez plus les émotions ou ressentis désagréables et donc, par déduction, vous vous sentez mieux…mais excepté si vous mangez durant deux heures, cela dure peu de temps (15/20 minutes maximum) ce qui signifie qu’après les émotions probablement reviendront et, pour les personnes souhaitant perdre du poids, des pensées culpabilisantes et/ou dévalorisantes viendront très sûrement se rajouter (« je suis nulle », « je n’y arriverai jamais »…). Mon travail sera alors de vous accompagner dans un travail de gestions de vos émotions pour que vous puissiez acquérir un fonctionnement plus aidant pour vous.
Il est essentiel pour moi que vous puissiez vous repérer et mieux comprendre votre comportement car cela vous permettra d’avoir une réponse adaptée à ce qui déclenche et ainsi de diminuer, voir d’enrayer définitivement ce comportement. Le fameux verre d’eau « prôné » dans certains régimes en cas de fringale peut effectivement s’avérer efficace mais uniquement lorsqu’il s’agit de faim. Cela va remplir l’estomac et lui permettre de patienter un peu jusqu’au repas suivant, mais vous comprendrez aisément que si je mange car j’ai des angoisses, ce verre d’eau sera alors, complètement inutile. 

Voilà, j’espère que ce petit article vous éclairera peut être sur certains points de votre rapport à l’alimentation. Je dirai en plus, qu'il ne s'agit là que d'un aperçu de tout ce qui peut générer les fameux kilos émotionnels. L'être humain est tellement complexe...

Vous l'aurez surement compris, mais il s'agit très souvent, dans un premier temps; lors de toute prise en charge thérapeutique, d'apprendre ou réapprendre à se reconnecter à son corps, à ses besoins. N'oublions pas que notre alimentation est notre premier outil santé (associé à une activité physique).

En tout cas, si vous vous sentez en difficulté dans votre démarche de perte de poids et que vous vous sentez prêt(e), n’hésitez pas à vous entourer de professionnels, diététiciens et psychologues qui seront vous guider vers un mieux être.
Prenez soin de vous,

C ynthia PAJOT
Psychologue clinicienne, psychothérapeute
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